Témoignage de Mauranne

Résumer l’expérience que j’ai vécue au Burkina m’est extrêmement difficile.... Lorsque Myriam et Paul me l’ont demandé, un million d’images ont traversé mon esprit. En 5 mois, mon esprit a voyagé dans une période qui équivaudrait à 10 ans de ma petite vie. J’ai l’impression qu’on vit vraiment là-bas, qu’on vit à la puissance dix, et que les burkinabés savent mieux que nous ce qu’est la vie et… la mort. D’ailleurs, on en revient plus serein face à la vie et la mort. On en revient différent à force de s’être frotté à des personnes totalement différentes de chez nous. J’ai trouvé des réponses à des questionnements existentiels que je n’aurai pu trouver ailleurs que dans le cœur des burkinabés et qu’au cœur de l’Afrique, le Burkina Faso.

Pour résumer un peu ce séjour, je suis partie début août 2008.

Paul m’a accueillie sur place et m’a présenté en une semaine les activités de La Brique et le résumé de son pays avant de rentrer en Suisse. J’ai logé dans la maison de Myriam et Paul jusqu’en janvier 09, seule. Je ne les remercierai jamais assez de la confiance qu’ils m’ont accordée malgré mes 18 ans tout frais. Sans leur confiance, jamais je n’aurai pu vivre une telle aventure. C’est là où commence après le voyage du corps, le voyage de la parole, du cœur et de l’esprit. Il y a une telle richesse au travers des regards, des discussions et des rires que nous nous découvrons sous un autre aspect. Nous sommes plus authentiques et plus ouverts. En une semaine par exemple, j’avais compris ce qu’étaient l’humilité et la solidarité.

Les chants, les danses, les gens, les rencontres, les sourires, la culture, les rites et traditions, la philosophie, les vêtements, l’éducation jusqu’à la politique, tout est différent de chez nous. En découvrant ce nouveau monde, je n’atterrissais pas d’un avion mais d’un vaisseau spatial qui m’a transportée dans un univers parallèle.

Cet univers a projeté mon esprit dans un immense tourbillon de questionnements qui l’ont fait valser dans tous les sens. J’ai mis du temps à retrouver le sol.

J’ai travaillé ces 5 mois à Sanor, l’orphelinat construit par la famille Miampo, qui accueille des bébés de 0 à 2 ans.

A mon arrivée, ils étaient 15 petits bouts. Il suffit qu’ils vous regardent 1 seule fois avec leurs grands yeux blancs posés sur leur petit visage noir pour avoir envie de les adopter. Ils vous ouvrent le cœur et vous transportent d’un seul éclat de rires. Leurs sourires sont de vrais soleils blancs. Les nourrices prennent à cœur leur travail et s’occupent d’eux comme s’ils étaient leurs propres enfants. Elles accompagnent leurs journées avec leurs rires, leurs chants et les font danser aux rythmes du djembé. Bien évidemment, en arrivant, j’ai traversé un gros choc culturel. La façon de faire n’est pas la même que chez nous. Il y a aussi eu deux décès lors de mon séjour à Sanor, Sandrine et Mymy qui sont parties bien trop tôt et qui m’ont montré les réalités du pays mais aussi, de la vie. Pendant la saison des pluies et d’hiver, même qu’il ne fait pas très froid pour nous, les enfants eux sont très souvent malades et supportent la perfusion mieux que certains adultes de chez nous.

Moi aussi je suis tombée malade, j’ai perdu beaucoup de poids, j’ai du me battre contre moi-même, contre mes angoisses, contre la solitude et les profiteurs. J’ai aussi réussi à me déplacer trois côtes et me les faire remettre en place par un homme qui n’avait jamais étudié la médecine, ni l’ostéopathie ou la chiro. C’était juste un petit fils qui a reçu certains dons. La vie est tellement plus magique, et d’ailleurs nous le devenons aussi…

J’ai compris que le surnaturel de chez nous, n’est que le naturel de chez eux.

Les trois dernières semaines m’ont remis un pied en Europe, car ma maman est venue les passer avec moi. Nous avons navigué entre Sanor, Ouagadougou, et quelques visites à travers le pays. De plus Paul et Damien nous ont rejoints pour la fin décembre et Paul nous a gâté de visites, de ce ses connaissances, de sa gentillesse et sa patience, car il est vrai que malgré le marchandage dont j’étais devenue experte, la connaissance des prix qui se pratiquaient, je me suis faite avoir, et c’est Paul qui devait réparer les erreurs….C’était quelque chose de pesant, cette vigilance de tous les jours pour s’assurer qu’on est gentil avec vous pas seulement pour votre argent. J’ai beaucoup appris aussi, à dire non. Il y a tellement de misères que c’est difficile à accepter notre impuissance, mais je me suis bien rendue compte que ce n’est pas en aidant individuellement qu’on arrange quelque chose.

Que dire encore, sinon, que Sanor, les bébés, les nourrices, tous les gens qui m’ont aidés à bien vivre ces cinq mois, me manquent. Ils font partie de moi et je porte chacun de leurs sourires dans mon esprit. J’ai découvert la misère des rues en même temps que la misère des cœurs de l’Occident.

Je remercie encore mes parents et mes amis qui m’ont soutenue dans les moments difficiles et la famille Miampo pour m’avoir permis de vivre une telle expérience.

Un grand merci 
Maurane Jacquerioz

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