Nouvelles de Juin 2007

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Bobomondi – Etudier dans la brousse : Interviews complètes

JUIN

Quand la Brique a créé l’école de Bobomondi, elle visait à réaliser l’un de ses objectifs, à savoir promouvoir l’accès géographique et économique à l’éducation aux couches sociales défavorisées. Aujourd’hui, l’heure n’est peut-être pas encore au bilan mais il est indéniable que la question est dans tous les cœurs : où en est-on ? En définitive, c’est la population de Bobomondi qui en parle le mieux.






1) Le chef du village raconte :
Que représente l’école pour vous ?
Pour moi, cette école représente une source de développement pour le village. Tous les enfants du village vont à l’école aujourd’hui et, s’il plaît à Dieu, ils auront un jour des diplômes et pourront accéder à de bons emplois. Ils pourront ainsi mieux gagner leur vie et même revenir réaliser des choses importantes pour le village. L’école fera ainsi de nos enfants des hommes de demain qui participeront au développement du village. En tout cas, je mets beaucoup d’espoir dans cette école qui s’est ouverte sous ma régence.

Quel changement l’école a apporté au village ?
Grâce à l’école, la population de Bobomondi se frotte beaucoup plus entre elle et avec les gens d’autres villages. On commence à voir les choses autrement, à mieux comprendre la vie.

Que faites-vous pour participer à la vie de l’école ?
Les enseignants étant les acteurs de l’éducation de nos enfants, je les rencontre périodiquement pour les encourager et leur prodiguer mes conseils. Ils ont mon soutien.

2) Parole de parent d’élève :
Que représente l’école pour vous ?
L’école est pour nous un germe d’espoir. L’espoir d’un avenir meilleur pour nos enfants. Désormais, ils ne sont plus condamnés à rester comme de simples cultivateurs comme nous l’avons été.

Que souhaitez-vous que votre enfant devienne après l’école ? 
Je voudrais qu’après l’école, mon enfant soit un homme réussi ; maintenant, il revient à l’enfant de choisir sa branche.

Que pensez-vous des enseignants de l’école ?
Les enseignants répondent à nos attentes qui sont d’éduquer nos enfants (instruction), et d’aider au développement du village. En cela, je pense qu’ils jouent un rôle très important et ils le jouent bien.

Que faites-vous pour participer à la vie de l’école ?
S’il y a quelque chose à faire à l’école qui nécessite notre concours, tels que des travaux physiques, je suis toujours disposé à y prendre part. En dehors de cela, que puis-je bien faire, si ce n’est payer les cotisations des parents d’élèves ? Et çà, je le fais…

Que pensez-vous de l’école pour les filles ?
Pour moi, tout comme le garçon, la fille, a droit à l’instruction, mais je reconnais que la fille chez nous est confrontée à un certain nombre d’obstacles, tels les grossesses non désirées, le mariage forcé, etc. qui l’amènent souvent à abandonner prématurément l’école.

Que va faire votre enfant s’il réussit son CEP ?
Si mon enfant réussit son CEP, je souhaiterais qu’il continue ses études. Je ne sais pas encore où puisqu’il n’y a pas encore de collège chez nous, mais je pense que je m’efforcerai à trouver une solution afin qu’il puisse continuer.

Croyez-vous que l’école soit une voie vers la réussite?
Bien sûr que je crois en l’école comme voie de réussite ! D’ailleurs, de nos jours, je ne vois pas une autre voie que celle-ci.


En définitive, la portée de l’école de Bobomondi va au-delà de l’objectif de départ. En effet, en plus d’assurer l’éducation des enfants comme il était convenu, elle a suscité espérance et réveil de conscience chez les populations locales. Conscience de l’intérêt de l’éducation, espérance de développement de leur village et, l’adhésion à l’œuvre qui découle de cette réviviscence est source de motivation pour La Brique, mais surtout pour le corps enseignant. Et Dieu sait si ce dernier en a besoin !

3) Interview de M. Jean Pasgo, enseignant et directeur de l’école de Bobomondi
Comment se passent les cours ?
Les cours se passent bien. Sur le plan académique, il n’y a pas grand-chose à dire. Depuis l’ouverture de l’école, nous avons toujours réussi à épuiser le programme scolaire annuel. Il est vrai qu’à l’ouverture de l’école, il y avait beaucoup de désertions, d’abandon et de résistance de la part des parents d’élèves qui ne voulaient pas toujours laisser venir les enfants à l’école tous les jours. Mais aujourd’hui, ce genre de difficulté a disparu. Je pense que le fait de voir leurs enfants commencer à parler français a convaincu les parents, qui commencent à prendre vraiment conscience de l’utilité de l’école. La première promotion de l’école se présente à l’examen du CEP. C’est dire qu’il s’est maintenant installé une culture et un environnement qui favorisent les choses.

Quel niveau les élèves de l’école de Bobomondi ont-ils par rapport à leurs camarades des écoles étatiques (dans la capitale)?
Pour être modeste, je dirais que les élèves d’ici ont un bon niveau. Ils valent bien mieux que bien que nombre d’élèves d’écoles étatiques et pour cause : nous n’avons pas d’effectifs pléthoriques à Bobomondi. De plus, les enseignants sont forcément plus assidus ici. Dans un village comme Bobomondi, il y a certes moins de conditions d’éveil (télévision, Internet, etc.), mais en même temps, les enfants sont moins distraits. Ceci dit, nous aurons sans doute une réponse plus tranchée d’ici au mois de juillet avec les résultats de l’examen du CEP. Je pense qu’il est permis d’être optimiste si on considère les 73,14 % de taux annuel moyen de réussite que l’école affiche.

Quelles sont les branches (disciplines) que les élèves apprécient le plus ?
Difficile à dire car ils n’aiment, ni ne détestent pas tous les mêmes choses. À s’en tenir aux performances scolaires et à la participation en classe, on pourrait dire que la majorité est plutôt portée sur les mathématiques et que le français est le moins apprécié. Toutefois, il faut dire qu’on peut bien aimer une discipline et ne pas y briller.

Dans quelles conditions travaillez-vous et vivez-vous ?
Pour ce qui est du travail, les conditions sont assez bonnes sur le plan académique. Nous avons en effet l’essentiel des manuels et du matériel scolaires. Nous pouvons même nous vanter de disposer d’une bibliothèque et d’un jardin écologique, ce qui est un privilège, car nos collègues, notamment des écoles publiques ne sont pas aussi bien lotis. La difficulté majeure qui persiste au plan académique est que tous les élèves n’arrivent pas à avoir toutes les fournitures scolaires.
A propos des conditions de vies, elles se sont nettement améliorées ces derniers temps. Le plus grand problème qui se posait aux enseignants était celui des logements. Dieu merci, cette année, nous les avons eus, flambant neufs.

Quel est le plus dur pour vous ici ?
C’est certainement l’analphabétisme généralisé de la population. Cela affecte la qualité de la communication et empêche aussi la réalisation de certaines initiatives, notamment culturelles, qui seraient pourtant bien utiles. De même, pour monter une équipe de football, cela a pris cinq années pour y arriver. On est aussi confronté à un problème d’eau et nous avons peur pour notre jardin.

Quel est l’apport / l’impact du jardin agro écologique ?
C’est à la fois un outil pédagogique et une aire de production. Servant souvent de laboratoire pour le cours de science d’observation, le jardin est aussi pour nous un prétexte pour des leçons de civisme et d’écologie. Enfin, les élèves de l’école de Bobomondi sont avant tout des fils d’agriculteurs. Leurs parents sont donc plutôt contents et rassurés d’apprendre que même à l’école, leurs enfants cultivent et produisent ; rassurés que l’école ne soit pas la perte de leurs enfants, car plus qu’un simple mode de production, l’agriculture, dans les faits, est presque une culture pour les populations du village.

Quelle est la particularité de l’école de Bobomondi ?
C’est son aspect communautaire. On a l’habitude de voir deux types d’école : soit elle est publique, au sens « d’étatique », soit elle est privée, c’est-à-dire promue par un particulier dans le but entre autre de se faire de l’argent. L’école de Bobomondi rompt avec ces deux modèles et en institue un troisième. Ici, les élèves ne se sentent pas vraiment dehors quand ils viennent à l’école. A leur domicile ou à l’école, ils se sentent chez eux et cela n’est pas négatif.
En effet, quand on demande à un élève de l’école de Bobomondi ce qu’il aime le plus dans l’école, son regard se porte plutôt sur les commodités ; comme si l’école était pour lui simplement une innovation de son environnement, mais une innovation qui le fait toutefois rêver.

4) Quelques mots de T., une élève en classe CM2:
Pourquoi vas-tu à l’école ?
Je vais à l’école pour apprendre à lire, à écrire, à compter et à parler français.

Aimes-tu aller à l’école?
Oui, j’aime aller à l’école parce que là-bas, je retrouve mes amies et nous jouons. Et puis, il y a aussi une bibliothèque avec beaucoup de livres que nous pouvons feuilleter et lire.

Qu’est-ce que tu aimes le plus à l’école de Bobomondi ?
La bibliothèque, le centre de couture, la télévision, la lumière.

Que souhaites-tu faire après l’école?
Je souhaite devenir fonctionnaire, ou entrepreneur

Que fais-tu quand tu reviens de l’école ou quand tu ne vas pas à l’école ?
Quand je reviens de l’école le soir, j’aide Maman à faire le reste de ses travaux (aller puiser l’eau ou laver les plats pour servir le repas). Après avoir mangé, j’apprends mes leçons et je vais au lit.

Qu’est-ce qui est dur, ou fatiguant, pour toi à l’école ?
D’abord, c’est la distance : l’école est loin de notre maison. En classe, c’est le français qui est difficile.