La Brique, un espoir pour les jeunes du Burkina (Archives »)
Rencontre avec Paul Miampo, le fondateur de la Brique
Diplômé de l'Institut biblique et missionnaire Emmaüs à St-Légier en Suisse,
il s'est installé depuis deux ans maintenant avec son épouse, Myriam, à Ouagadougou au Burkina Faso, où il a créé
un centre d'accueil pour orphelins, deux écoles (Bobomondi et Ouagadougou) et une équipe de football.
C'est un grand type, à l'allure d'un sportif professionnel avec des lunettes et un grand sourire qui s'approche de nous.
- Paul Miampo, qu'est-ce que la Brique ?
- La Brique est en premier lieu une image. Au sens propre, la brique sert à construire. Elle ne décide pas de sa place dans l'édifice.
Toute seule, elle ne fait pas la maison, il en faut d'autres. C'est aussi l'image de la discrétion (la main droite doit ignorer ce que fait la main gauche).
Bref, la Brique comme organisme est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) qui apporte (dans la mesure de ses moyens) une aide sous toutes ses formes aux plus démunis et prioritairement aux orphelins de très jeune âge.
Nos actions se poursuivront jusqu'à l'insertion sociale et dans la vie professionnelle des enfants admis au centre que nous avons créé.
- Comment est né ce projet ambitieux et quels ont été les défis ?
D'abord par mon propre parcours de vie. Je suis né à Diapaga à l'Est du Burkina Faso. Mon père était polygame avec une dizaine de et quarante enfants. Dans cette forme de conjugalité ce sont souvent les qui s'occupent des enfants et il est clair que chacune attache une attention particulière à sa propre progéniture.
Perdre sa mère dans un contexte pareil, a été dans mon cas synonyme de perte de certains droits fondamentaux de l'enfant : "le droit à l'éducation, le droit à une famille, le droit à la protection, le droit d'être un enfant", etc. Or je n'avais que 12 ans quand ma mère est décédée.
Ensuite, il y a eu ce que j'ai vu de consternant. Des bébés et des enfants de nulle part, dans la rue, sans aucune sécurité. La situation qui m'a le plus décidé était le cas d'un petit ramassé dans la rue. Avec un ami policier nous l'avions amené dans un orphelinat de Ouagadougou. Cette maison affichait complet.
Que faire ? C'est face à cette impuissance que je me suis vraiment décidé à faire quelque chose en faveur des enfants.
En 1992, la Brique a vu le jour. Il nous fallait une reconnaissance officielle, un terrain où construire la maison d'accueil et de l'argent pour cette fin. Aucune de ces démarches ne nous a été facile. Je dois vous dire quand même que le plus grand défi a été et reste toujours la récolte de fonds.
Car, pour que quelqu'un vous confie son argent pour l'exécution d'une telle mission, il faut qu'il vous fasse confiance. C'est là tout le paradoxe. Pour avoir la confiance du donateur, il faut que tu fasses tes preuves. Or, il faut de l'argent pour ces preuves. En un mot, il faut beaucoup de patience dans toutes les démarches liées à la création d'une oeuvre comme la Brique.
- Quelle a été votre source de financement ? Qu'en est-il de la situation actuelle ?
Avec beaucoup de travail dans la patience et à force d'information, j'ai fini par mobiliser mes amis suisses et burkinabés. Ainsi, en 2001 j'ai pu créer une autre Association (La Brique) de droit suisse. Ce qui nous a d'ailleurs permis d'accéder au statut de ONG. Donc, pour l'heure le financement de la Brique vient des amis, des organisations et de fondations qui ont épousé notre cause.
A ce jour, je peux dire que la Brique est concrètement existante.
Nous avons pu construire un orphelinat du nom de SANOR (la Maison de la Dignité) qui peut accueillir facilement 40 enfants. Nous avons 16 enfants qui y vivent pour l'instant.
Deux écoles primaires (Bobomondi et Ouagadougou) qui vont accueillir cette année scolaire (2003-2004) plus de 250 élèves de différents milieux sociaux,
Un club de football très compétitif du nom de SANOR-FC où 180 jeunes viennent apprendre le métier de footballeur.
Elle emploie 25 personnes à 100%, 5 autres personnes partiellement, pour son fonctionnement au Burkina.
La Brique aide également une quarantaine d'écolier dans le paiement de leur scolarité, etc.
- Comment voyez-vous l'avenir ?
L'avenir est rempli de projets et de suspens. Car je souhaite que la Brique progresse en entretenant ses acquis et ses originalités.
Par originalité je pense à notre foi en Christ, à notre approche citoyenne de l'aide, au respect pour le frère ou la soeur en situation difficile aujourd'hui, etc.
Le reste, je crois que grâce à la solidarité et à la générosité des uns et des autres, notre but est de réduire la misère morale, intellectuelle, matérielle et spirituelle des nôtres.
Article paru dans
n° 2 Octobre-Novembre 2003
|
|