Sylvie nous raconte sa deuxième visite en juin 2007...
...Il y a 6 ans déjà
Il y a 6 ans, le 16 septembre 2001, je participais au premier camp de travail de La Brique. Nous avions commencé à creuser les fondations de l’école de Bobomondi. Quand nous sommes rentrés en Suisse, deux semaines plus tard, les trous pour les fondations étaient commencés mais pas terminés, ils n’étaient pas droits et ils étaient gorgés d’eau. Le sable et les pierres pour les combler se faisaient attendre.
En six ans…Que s’est-il passé, ici en Suisse, en France, en Allemagne, pour toi, pour vous, pour tout un chacun? Un enfant est né, puis lundi dernier, il est rentré déjà en deuxième année enfantine. Des déménagements, un mariage, des joies, des peines, un changement de travail, un deuxième enfant, les soucis pour trouver la bonne maman de jour, des heures passées à voir quelques films, à rire, à pleurer, à aimer, à recevoir, à échanger, à dialoguer avec son voisin ou avec le voisin qui vit aux antipodes.
Et pendant ce temps…
Les fondations pour l’école de Bobomondi se sont précisées, des ouvriers ont continué les travaux, et, brique après brique, ce n’est pas un enfant qui est né mais une école. Avec trois classes. Et ce sont surtout des dizaines et bientôt des centaines de savoirs qui sont nés, qui ont grandit avec enthousiasme dans le cœur des enfants qui vivent dans le village et la périphérie de Bobomondi.
Mais encore…
Une bibliothèque avec beaucoup de livres, un jardin et un compost sont venus enrichir le complexe de l’école.
Et puis aussi…
A Bassyniam, à environ 12 Km de Ouagadougou, d’autres briques se sont unies pour abriter les premières années de ceux qui ont perdu leur maman.
Ceux qui ont initié cette grande partition à la mélodie vivante, ceux qui ont esquissé ce grand tableau rempli de couleurs, c’est Myriam et Paul Miampo. Et ceux qui dirigent actuellement ce grand orchestre, ce sont, Tewende Palogo (la directrice de Sanor), Keitou, Rose, Brigitte, Maryam et Véronique, (les nourrices de Sanor), Moussa (le gardien de Sanor), Madeleine et sa collègue (les lessiveuses), Jean (le directeur de l’école de Bobomondi), Kundia et Lazarre (les enseignants), Nabaloum, Congo et Ismaël (les entraîneurs), Irma (la comptable) et Anselme (parrainages).
Alors voilà, après six ans, j’ai eu l’occasion d’aller à nouveau à Ouagadougou, à Bobomondi, à Bassyniam. Je pourrais vous décrire ce que j’ai vécu pendant ces cinq semaines. Je pourrais vous décrire en détails les visites à domicile que j’ai eu l’occasion de faire avec Anselme qui visite les enfants parrainés à domicile. Je pourrais vous parler de l’ambiance vivante qui se dégage du quotidien de Sanor. Je pourrais décrire le travail des nourrices et le contact qu’elles ont avec les enfants. Je pourrais vous raconter la rencontre avec les enseignants et les élèves de Bobomondi. Je pourrais vous conter la joie et l’espérance que j’ai ressenties quand j’ai planté un manguier autour de Sanor. Je pourrais expliquer le sentiment que l’on a parfois et où l’on se dit : « Il y a encore tant à faire… ». Je pourrais… Que de choses à raconter. J’ai envie de réécrire la même phrase avec laquelle j’avais commencé mon texte sur mon voyage d’il y a six ans : « Par où commencer ?... ». Je crois que le plus important pour moi est de vous transmettre mon sentiment que derrière chaque lettre de nouvelle, derrière chaque pensée, derrière chaque réunion de comité ou d’assemblée générale ici, en Suisse, au Burkina, en France ou en Allemagne, il n’y a pas un, ni deux, mais des dizaines d’enfants et de parents. Ils sont uniques, comme nous sommes uniques, et ont droit à la dignité d’être aimé et de savoir lire, comme nous y avons droit. J’ai eu cette occasion de rencontrer toutes les personnes qui travaillent pour La Brique au Burkina, et les personnes qui en bénéficient au quotidien : des enfants nouveaux-nés aux enfants scolarisés, des enfants qui découvrent le sport et qui s’entraînent jusqu’à 3 fois par semaine, des parents. Je pourrais dire que c’est une chance d’avoir pu rencontrer ces gens. Mais peut-on appeler chance le fait de voir un enfant sans maman? Personnellement, non. Rien ne remplace la valeur d’une mère. Mais La Brique aide parents et enfants à donner de la valeur à leur futur.
Pour donner un petit relief à ce message, je vous fais part de ma rencontre avec Donatienne, la fille que je parraine. Je vous livre tel quel ce que j’ai écrit juste après notre rencontre :
« Arrivés à Boussé (environ une heure au nord de Ouaga), nous allons jusqu’à sa concession. Elle a un T-shirt jaune et un short blanc à fleurs. Elle a un visage très doux et un grain de beauté au-dessus de la lèvre supérieure à droite. Elle me sourit quand on arrive et son regard est accrocheur. Elle suce son pouce, passe des bras de son grand-père à Myriam et moi. Elle a besoin de contact physique, en cela elle est différente des autres enfants. Est-ce pour compenser son mutisme ? Elle émet quelques sons mais ne parle pas, depuis sa naissance le 24 mai 2003. Elle a eu un électro-encéphalogramme à l’hôpital Yelgado en janvier 2007, ils ont conclu à une comitialité généralisée. Son mutisme ne l’empêche pas d’être très sociable et acceptée parmi les autres enfants de la concession. Sa tante et son grand-père semblent s’occuper de manière très affectueuse d’elle. Myriam et moi suspectons un retard mental. Il est probable que ce soit une séquelle dûe à des convulsions fébriles survenues quand elle était nourrisson. Et pour lesquelles elle n’a pas eu de traitement. Elle n’en est pas moins affectueuse et surtout, très attachante.»
Les parents des enfants que j’ai rencontrés, ainsi que le comité de La Brique Burkina m’ont chargé d’un message qui s’adresse à vous qui lisez cette lettre de nouvelles et qui, de près ou de loin, pensez à La Brique et au travail qui se fait sur place. Voici leur message : « Merci, et meilleures salutations ! Continuez de penser à nos enfants ! C’est un soulagement de savoir qu’ils peuvent aller à l’école.»
Pour terminer, je vous fais part d’une phrase qui m’a marquée, écrite par une écrivain Suisse et dont je partage l’espoir :
« L’homme a mis des millions d’années pour se redresser, pour développer sa musculature et son cortex. Mon espoir est qu’il ne mette pas encore des millions d’années pour redresser son humanité, son don d’altruisme, de solidarité et de partage. »
Anne-Lise Grobéty, écrivain suisse
Meilleures salutations à tous
Sylvie Muller
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